Existant depuis quasiment cent ans, le circuit de course automobile de Monaco fait son retour annuel ce week-end dans les rues de la Principauté. Mais plus les années passent, plus le monde de la Formule 1 se demande si la place de cette course dans le calendrier est toujours pertinente. Circuit court, impossibilité de dépassement, course ennuyeuse et sans enjeu… Le circuit de Monaco n’est plus aux normes pour la Formule 1 aujourd’hui. Décryptage.
« Monaco, c’est comme piloter un hélicoptère dans son salon ». Ces mots de l’ancien pilote auto et champion du monde Nigel Mansell décrivent parfaitement les enjeux d’une course de Formule 1 à Monaco. Et aujourd’hui, cette phrase est plus pertinente que jamais. Avec l’agrandissement des voitures au fil des années, il est devenu impossible de faire à Monaco ce que les pilotes font sur le reste des circuits. Les dépassements sont devenus irréalisables, et la course est souvent qualifiée d’ennuyeuse par les spectateurs et les pilotes eux-mêmes.
Le GP de Monaco aujourd’hui, c’est davantage la tradition et l’histoire dans l’un des territoires les plus riches au monde : l’un des plus vieux circuits du calendrier, une course iconique qui fait partie de la triple couronne du sport automobile (les trois courses les plus prestigieuses avec les 24 Heures du Mans et les 500 miles d’Indianapolis). Vieux de presque cent ans, le circuit de Monaco a peu changé depuis sa création en 1929. Avec ses 3,3 km pour 78 tours, c’est le tracé le plus court du calendrier, et le plus vieux rendez-vous de Formule 1. Mais dans la pratique, ce week-end est juste un rendez-vous glamour, rempli de célébrités, de paillettes, de tapis rouges et de yachts. La plus-value sportive n’est plus au rendez-vous depuis bien longtemps.
Une tradition que d’aucuns jugent dépassée
Depuis quelques années, les monoplaces en Formule 1 ont connu une poussée de croissance. Les voitures sont toujours plus grosses, jusqu’à atteindre 2 mètres de large et 5,5 mètres de long en 2025. Même si les nouvelles régulations de cette saison ont permis de les rétrécir de quelques centimètres, les Formule 1 modernes ne peuvent quasiment pas passer à deux de front sur le circuit de Monaco. Résultat : aucun dépassement n’est possible pendant la course sans prendre des risques inconsidérés. L’année dernière, il n’y a eu qu’un seul petit dépassement en piste durant les 78 tours de la course. Autant dire que ce n’est pas exaltant.
La seule manière de changer de position au classement durant la course, c’est à travers les stratégies aux stands. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle en 2025, la FIA avait imposé l’obligation de changer de pneus à deux reprises durant la course (au lieu d’une seule fois habituellement), afin d’apporter davantage d’enjeu. Une mesure vite abandonnée.
Souvent surnommé le « Grand Prix des qualifs », Monaco voit sa course se décider le samedi lors des qualifications. En effet, il est quasiment impossible de dépasser en piste durant la course, tant le tracé est étroit au cœur des rues de la Principauté. De 2014 à 2024, 82 % des vainqueurs du Grand Prix de Monaco s’élançaient depuis la première ligne. Le résultat est déjà écrit à l’avance, ce qui n’a pas grand intérêt. Alors certes, il est important de varier les types de circuits durant la saison, afin de mettre en avant autant la vitesse que les compétences techniques de pilotage. Mais il est possible que le Grand Prix de Monaco ne soit plus le rendez-vous qu’on attend de lui.

Grand Prix de Monaco (Formule 1)
Aujourd’hui, Monaco est davantage une manière pour la F1 de faire parler d’elle, en invitant une cargaison de célébrités et influenceurs en tout genre. C’est LE rendez-vous glamour, accompagné de ses événements caritatifs, de ses tapis rouges et de ses balades en yacht dans la fameuse « piscine ». On en oublierait presque le sport au milieu de tout ça.
Un circuit barbant… et pourtant dangereux
L’étroitesse du circuit ne rend pas juste la course insipide. Elle la rend aussi très dangereuse. Les pilotes frôlent tour après tour les rails fragiles qui séparent la piste de la mer Méditerranée. Il faut une concentration hors pair pour ne pas faire d’erreur durant les 260 km de la course. Le moindre relâchement peut avoir de graves conséquences, à l’instar de l’accident mortel de Lorenzo Bandini en 1967.
L’étroitesse du tracé de Monaco est aussi un avantage stratégique pour certaines écuries. Il est assez commun pour les équipes d’utiliser leur pilote le moins bien placé sur la grille pour ralentir le peloton et donner un avantage à son coéquipier devant lui, afin qu’il puisse réaliser ses arrêts au stand sans perdre de places. Cette technique avait été utilisée par Red Bull et Williams l’an dernier, et s’était montrée rudement efficace. Maligne, même si très mal vue par les spectateurs et les autres écuries, cette stratégie a fini de tuer le peu d’action que pourrait avoir le Grand Prix de Monaco.
Enfin, le tracé de Monaco est le plus court de tout le calendrier avec ses 3,3 km de long. Un désavantage clair pour les leaders de la course qui finissent inévitablement par rattraper les retardataires, et qui se retrouvent dans l’impossibilité de les dépasser. Bloqués, l’écart avec leurs poursuiveurs se réduit grandement. Tout est bloqué, comme dans un gros embouteillage sur l’autoroute A6, les nerfs se tendent et les erreurs peuvent se multiplier.
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Tous ces aspects font du Grand Prix de Monaco un circuit controversé dans le contexte actuel de la Formule 1. La question revient donc tous les ans sans exception : le week-end de Monaco est-il toujours pertinent ? Faudrait-il supprimer le rendez-vous tant que les monoplaces ne sont pas compatibles avec le circuit ? Faudrait-il entièrement changer le tracé ? Plusieurs options sont possibles. En attendant, Monaco reste, encore et toujours, la course la plus assommante du calendrier de Formule 1. Heureusement, on pourra toujours compter sur la présence de Kim Kardashian dans le garage de Lewis Hamilton pour ramener un peu d’intérêt à ce week-end.