Le 17 avril dernier, la pilote de course française Doriane Pin a conduit une Formule 1 pour la première fois de sa carrière, à bord de la Mercedes W12 sur le circuit de Silverstone en Angleterre. Elle est aussi, accessoirement, la toute première femme à avoir été au volant d’une Mercedes. Cet exemple illustre très bien l’état d’esprit de la Formule 1, qui malgré l’évolution des mœurs, reste encore et toujours un sport très misogyne. Analyse.
Le saviez-vous ? La Formule 1 est l’une des rares disciplines sportives à être entièrement mixte. En théorie, aucune différence n’est faite entre un homme et une femme. En pratique, c’est plus difficile à croire. Alors oui, Doriane Pin n’est pas la première pilote à réaliser des essais à bord d’une Formule 1, à l’instar de la célèbre Susie Wolff avec Williams en 2012. Mais l’événement est assez exceptionnel pour qu’il fasse la Une des médias sportifs.
Doriane Pin a récemment été nommée pilote de développement pour l’écurie Mercedes. Son rêve, comme celui de beaucoup de filles dans le milieu, c’est de devenir pilote titulaire en Formule 1. Pour la jeune femme de 22 ans, la question du genre ne se pose même pas, même si elle reconnaît la difficulté d’être une femme dans cette discipline : « Si on regarde le pourcentage de femmes qui commencent le sport auto en général, il est très bas, comparé aux hommes. C’est un sport qui est mixte, certes, mais qui est dominé par les hommes ». Un regard honnête sur son sport, qui malgré l’émergence de grands talents féminins, n’ouvre toujours pas la grande porte à ces dernières.
Doriane Pin : un simple coup de com’ ?
Toute cette opération de la part de Mercedes ne semble être qu’un gros coup de communication. Les photos, vidéos et interviews ont inondé les réseaux sociaux de l’écurie allemande. Mais en réalité, Doriane n’a conduit que le temps d’une demi-journée, à bord d’une voiture vieille de 5 ans.
Pilote pour Mercedes en F1 Academy (le championnat de F4 100% féminin mis en place en 2023 pour mettre en lumière les pilotes femmes), elle a rempli son contrat l’année dernière en finissant championne, 15 points devant la seconde. Malgré cet excellent résultat, aucune opportunité ne s’est présentée dans les catégories supérieures. Cette saison, elle roule donc dans une sous-catégorie des 24h du Mans (LMP2), et n’est pas en tête de file pour un jour prendre place dans une Mercedes pour un Grand Prix dans la catégorie reine.
Un plafond de verre historique
Doriane Pin est aussi grande amie d’enfance du pilote français Isack Hadjar. Ils ont le même âge et ont tous les deux évolué plus jeunes dans les mêmes catégories de karting. Doriane devient même championne de France à 15 ans. Mais aujourd’hui, Isack Hadjar est pilote de F1 pour Redbull, et Doriane est coincée en F4. Le problème principal ? Le financement. Les sponsors préfèrent miser sur des pilotes masculins qui sont des investissements plus surs qu’une femme au même niveau.
Et le problème ne vient pas des conditions physiques nécessaires au pilotage d’une Formule 1, puisque les femmes sont parfaitement capables de subir les G générés par un avion de chasse ou le décollage d’une fusée. Dans l’histoire de la F1, seules cinq femmes ont roulé lors d’un week-end de Grand Prix, et deux seulement ont pris le départ d’une course : Maria Teresa De Filippis en 1959, et Lella Lombardi en 1976. Depuis, plus rien.
L’évolution reste encore marginale
Ce phénomène de sous-représentation ne touche pas que le monde du pilotage, mais tous les autres métiers techniques de la discipline. L’an dernier, l’Allemande Laura Müller devenait la toute première ingénieure de course femme de l’histoire de la Formule 1. En 2023, les femmes ne représentaient que 37% des employées permanentes en F1, et majoritairement dans des postes de communication, de sponsoring ou de relations presse.
Et l’univers de la F1, malgré ses lentes évolutions, reste très macho. Helmut Marko, ancien de l’équipe Red Bull, a déclaré au journal autrichien Kleine Zeitung en 2019 que « les femmes ne sont pas assez fortes ou agressives pour courir en formule 1. » En 2016, Bernie Ecclestone, ancien patron de la F1, affirmait que « les femmes ne seront jamais prises au sérieux en F1 parce qu’elles ne sont pas assez fortes pour conduire assez vite ». Une mentalité moyenâgeuse qui continue de pourrir les rangs de la discipline.
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Heureusement, la Formule est en pleine évolution, notamment dans les questions d’égalité de genre. Un public de plus en plus féminin et le support de figures du sport comme Lewis Hamilton pourrait peut-être pousser à faire bouger les lignes dans les années à venir.