À quelques semaines de l’annonce de la liste définitive du Brésil pour la Coupe du monde, le cas Neymar divise encore. Fragilisé par les blessures, le meneur de jeu reste pourtant l’un des rares joueurs capables d’offrir à la Seleção ce supplément de talent, d’expérience et de déséquilibre que seul un grand tournoi révèle. Décryptage.
18 octobre 2023. Voici la date de la dernière sélection de Neymar avec le Brésil. Touché au ligament croisé antérieur et au ménisque, le natif de Mogi das Cruzes avait cédé sa place à la pause face à l’Uruguay, laissant planer une absence de très longue durée. Ce n’est qu’un an plus tard, sous les couleurs d’Al-Hilal, qu’il fera son retour avec une entrée en jeu à la 77e minute face à Al-Ain (5-4). Depuis, les blessures et les pépins se sont enchaînés, sans qu’il ne retrouve réellement son niveau d’antan. Aujourd’hui, de retour dans son club formateur de Santos, Neymar ne s’est fixé qu’un objectif : la Coupe du monde 2026.
Le talent, l’homme et l’héritage brésilien
À 34 ans, aucun doute que ce serait sa dernière. Mais alors, qu’est-ce qui pourrait pousser un entraîneur aussi expérimenté que Carlo Ancelotti à sélectionner un joueur si âgé, en manque de rythme et de continuité, pour un événement footballistique aussi attendu par le peuple brésilien ? Sans être rêveur, difficile à dire. Et si l’Italien ne l’a pas sélectionné lors du dernier rassemblement, il y a sûrement une raison…
Mais laissons-nous croire que l’immensité du talent de l’ancien joueur du Paris Saint-Germain ne s’est pas évaporée en l’espace de deux ans. Que ses passements de jambes, ses arcs-en-ciel, ses dribbles chaloupés et sa vision du jeu sont toujours là. Qu’il reste, encore aujourd’hui, l’un des rares joueurs capables de faire vaciller une défense à lui seul, d’un geste, d’un dribble.
Que derrière cette image de joueur au talent gâché, il y a aussi un homme, souvent critiqué, rarement épargné.
« Au Brésil, c’est particulièrement dur. Les gens vous critiquent sans cesse et ne comprennent pas que vous êtes une personne comme les autres. C’est vraiment pénible. Je suis incroyablement reconnaissant, j’ai travaillé dur pour ça, mais je suis un être humain. Je ressens la même chose que vous : je souffre aussi, j’ai mal, je me réveille de mauvaise humeur, je pleure, je me mets en colère, je suis heureux… c’est normal. Pourquoi ne pourrais-je pas faire des choses normales ? » – Neymar
À la Seleção, il manque justement cette part de magie, cette insouciance, que seul Vinícius semble encore capable d’apporter, malgré une connexion parfois incomplète avec ses coéquipiers. Et si ce n’était d’ailleurs pas Neymar qui avait disparu, mais “le joueur brésilien” ? Le joueur dribbleur, provocateur, ailier, avant-centre ou numéro 10 au sourire ravageur, capable de faire basculer une rencontre en une accélération. Il y a eu Pelé, Garrincha, Zico, Romário, Ronaldo, Ronaldinho et bien sûr Neymar. Des joueurs atypiques, mais si spéciaux.
Le pari du génie
Malgré le talent de Vinicius Jr., le Brésil souffre peut-être d’un creux générationnel, que João Pedro ne semble pas encore avoir comblé : « À l’époque, nous avions Ronaldo, Ronaldinho, Romário… Mais si vous regardez le football d’aujourd’hui, le Brésil a aussi des joueurs de ce calibre. Il y a Vini au Real Madrid, Raphinha à Barcelone, Estêvão et moi à Chelsea, et Andrey aussi. Ils jouent tous dans de grands clubs. »
De quoi alimenter l’optimisme… à défaut de répondre aux doutes
Laissons-nous croire, que le Brésil ne se conjugue pas sans un soupçon de samba offensive, ce chaos créatif qui a écrit ses plus belles pages. Exclure Neymar par excès de prudence, ce serait renoncer à l’ADN même de la Seleção. À quelques semaines de cette liste du 18 mai, laissons l’espoir primer sur le doute : pour la sixième étoile, le Brésil a besoin de son magicien, diminué ou pas.
Laissons-nous croire qu’il faut un véritable cadre pour espérer décrocher une sixième étoile. Un joueur capable de transcender une équipe de par sa présence. Comme Lionel Messi à la Coupe du monde 2022 : une équipe qui court pour lui, se bat pour lui et gagne pour lui. Au Qatar, c’est lui qui avait presque réussi à emmener son équipe en quart de finale avec un but en prolongation, avant que le Brésil ne s’effondre aux tirs au but face à une Croatie valeureuse.
L’amour du jeu, au-delà du doute
Laissons-nous croire, que Carlo Ancelotti, maître tacticien passé par le Real Madrid et habitué aux grands rendez-vous, sait mieux que quiconque doser l’expérience et la fougue. À 34 ans, Neymar n’est plus l’ailier infatigable de ses 25 ans, mais son QI footballistique, affûté par des centaines de matches à enjeux, reste une arme rare dans un tournoi à élimination directe où un moment de génie vaut tous les sprints.
Enfin, laissons-nous croire au meilleur buteur de l’histoire du Brésil, avec 79 réalisations au compteur. À ce joueur qui a tant fait rêver les supporters brésiliens comme les amoureux du football. Parce que les grandes histoires, parfois, ne s’écrivent jamais vraiment jusqu’à leur dernière page.
Alors oui, c’est un pari. Un pari sur un corps fragile, sur un joueur diminué, sur un passé peut-être révolu. Mais depuis quand le Brésil gagne-t-il en étant raisonnable ? Avec Neymar, il peut tout perdre. Sans lui, il pourrait surtout ne jamais vraiment rêver.