Viré en pleine nuit après une humiliation historique face au PSG (5-0), Roberto De Zerbi a quitté l’OM comme il l’a dirigé : dans le tumulte et l’émotion. Entre fulgurances offensives, choix tactiques déroutants et objectifs européens envolés à la dernière seconde, l’Italien laisse derrière lui un bilan contrasté mais une empreinte indéniable. Récit.
Décidément, rien n’est jamais normal avec l’Olympique de Marseille, ni avec Roberto De Zerbi. Il est 2 h 35 précisément, mardi dernier, lorsque le club balance un communiqué de presse annonçant la fin de l’aventure De Zerbi « d’un commun accord » avec les dirigeants. Même si cette idée avait déjà été évoquée dans plusieurs médias depuis plusieurs heures, personne ne s’y attendait réellement. Difficile d’imaginer la réaction des supporters marseillais en apprenant la nouvelle au réveil. Décidément, ce club ne fait rien comme les autres.
Pourtant, il y a quelques semaines, Pablo Longoria avait déclaré en conférence de presse : « J’aimerais que De Zerbi soit notre Diego Simeone ». Juste pour rappel, l’Argentin entraîne l’Atlético Madrid depuis 2011, soit depuis près de 15 ans. De son côté, Roberto De Zerbi se projetait aussi sur la durée : « Je signe dans un club comme si j’allais rester dix ans », avait-il annoncé lors de sa conférence de présentation à l’OM, le 9 juillet 2024. Mais alors, qu’est-ce qui a bien pu arriver entre-temps pour qu’il soit viré au bout d’un an et demi ?
Le début de la chute
L’année 2026 a très mal commencé pour les marseillais avec une défaite (0-2) face à un FC Nantes en difficulté et le tout… au Vélodrome. Quelques jours plus tard, une défaite cruelle en finale du Trophée des Champions aux penaltys contre le PSG aura du mal à passer… De Zerbi avouera même avoir pleurer à la fin de la rencontre tant la déception était forte. Outre le score, la prestation des olympiens avait été remarquable : pressing à haute intensité, réalisme, solidité défensive, tout y était (enfin presque). L’avenir s’annonçait tout de même prometteur et les larges victoires ne feront que confirmer la dynamique.
Mais au lieu de profiter habilement de son matériel défensif copieux, De Zerbi jongle constamment entre absences, blessures ou suspensions et choix tactiques douteux : défense à cinq un jour, à quatre le lendemain. Son milieu de terrain, lui, souffre de ses expérimentations permanentes : un coup O’Riley, un coup Gomes, un coup Vermeeren, un coup Nadir. L’OM ne donne que rarement l’impression d’exploiter pleinement son potentiel, sauf lorsque Greenwood décide de tout faire basculer à lui seul.
Le vrai point de bascule : le naufrage face à Bruges
Puis, à partir du 21 février, tout bascule. Liverpool corrige facilement l’OM au Vélodrome (3-0), et la victoire face aux surprenants Lensois (3-1) quelques jours plus tard n’y change rien. Depuis le début, pour la direction comme pour De Zerbi, l’objectif était clair : se qualifier au minimum pour les barrages de la Ligue des champions. Pour y parvenir, il fallait s’imposer le 28 janvier au stade Jan Breydel face à Bruges lors de la dernière journée.

Roberto De Zerbi (OM)
Trois points, ou même un match nul, et la qualification était assurée. Tel était le deal. Mais voilà : l’Olympique de Marseille s’incline lourdement 3-0 après une rencontre totalement manquée et une défense aux abois. Pour l’instant, l’OM reste qualifié à la différence de buts, dans un duel à distance avec Benfica Lisbonne, qui est en train de s’imposer 2-1 face au Real Madrid. Puis, à la dernière seconde, coup-franc pour les Lisboètes. Anatoliï Trubin, le portier, s’envole dans les airs et propulse le ballon dans les cages de Thibaut Courtois. Benfica passe devant et est qualifié en barrage. Marseille est éliminé au terme d’un scénario tellement marseillais…
De Zerbi humilié au Parc des Princes
Logiquement, tous les regards se tournent vers Roberto De Zerbi, première victime du fiasco olympien, sa défense à trois laissant trop de questions en suspens. Le Classico devait être l’occasion de se rattraper, d’offrir aux supporters une bouffée d’air en battant l’éternel rival parisien au Parc des Princes. Résultat ? 5-0 pour le PSG.
La défense à trois, reconduite avec Pavard, Balerdi et Medina, se révèle tout aussi catastrophique. Cette fois, la sentence est irrévocable. L’histoire retiendra sans doute ce plan serré sur son visage après le but du 4-0 signé Kvicha Kvaratskhelia, comme la dernière image de l’entraîneur italien en Ligue 1. Car oui, il s’en va sur une note très (très) salée.

Leonardo Balerdi (OM)
À partir de ce moment-là, De Zerbi sent que tout lui échappe. Il ne comprend plus le comportement de ses joueurs ni leur incapacité à suivre certaines consignes. Combatif, il tente encore des ajustements, mais rien n’y fait. Roberto De Zerbi n’est certainement pas le seul coupable, mais il reste l’un des principaux responsables de cette débâcle.
Un coach imparfait… mais profondément aimé à Marseille
Malgré une fin brutale, le bilan brut reste solide. En 69 matchs, l’entraîneur italien affiche 39 victoires, 10 nuls et 20 défaites, soit 57 % de succès, le meilleur ratio pour un coach marseillais au XXIᵉ siècle, devant Igor Tudor (56 %), Jorge Sampaoli (54 %), Marcelo Bielsa (51 %) et Didier Deschamps (50 %). À la seule lecture des chiffres, difficile de parler d’échec.
Mais les statistiques ne racontent qu’une partie de l’histoire. Avec 33 matchs pour… 33 compositions différentes, son OM aura été tout sauf prévisible. Brillant par séquences, déroutant par moments, l’Italien aura incarné une forme d’irrégularité permanente. Un soir séduisant, le suivant frustrant. Capable d’emballer le Vélodrome comme de le plonger dans l’incompréhension.
Et pourtant, rarement un entraîneur aussi inconstant aura été autant aimé à Marseille. Parce que son équipe jouait. Parce qu’elle tentait. Parce qu’elle vivait. Son football offensif, audacieux, parfois kamikaze, a laissé une empreinte émotionnelle forte, bien au-delà des résultats purs. Un coach imparfait, oui mais profondément marquant. Et comme le cauchemar de l’OM ne semble jamais vraiment finir, c’est Habib Beye qui est désormais pressenti pour succéder à De Zerbi… enfin, si la récente démission de Mehdi Benatia ne remet pas en cause cette arrivée. Un nouveau chapitre s’ouvre… avec forcément, dans un coin de la tête des supporters, le souvenir persistant du style flamboyant laissé par son prédécesseur.