En quelques années, les rapports entre le basket français et la WNBA ont profondément évolué, au point de faire des joueuses tricolores l’un des contingents les plus influents de la ligue américaine. Décryptage.
Treize. C’est le nombre record de Françaises présentes en WNBA cette saison. Elles n’étaient que six à l’été 2023. En l’espace de trois ans, la France est devenue la nation étrangère la plus représentée dans la ligue américaine, devant des places fortes du basket féminin comme l’Espagne et le Canada. De Gabby Williams à Marine Johannès en passant par Dominique Malonga, les Tricolores s’imposent désormais comme des actrices majeures du championnat, qui peut désormais être considéré comme l’un des championnats les plus relevés de la planète.
Il y a encore quelques années, la WNBA n’était pas perçue de la même manière en Europe. Longtemps, la ligue américaine a été jugée comme une compétition estivale usante, difficile à intégrer entre une saison déjà éprouvante dans les championnats européens et les rendez-vous internationaux avec l’équipe de France. Un enchaînement qui a souvent constitué un frein pour de nombreuses joueuses tricolores.
Des tensions encore récentes
À plusieurs reprises, le cas de Marine Johannès a illustré ces tensions. Son absence à l’Euro 2023 puis 2025 s’expliquait notamment par ses engagements en WNBA avec le New York Liberty, dans un contexte de priorités sportives parfois difficiles à concilier entre la Fédération Française de basket-ball et les franchises américaines. Ces situations ont longtemps mis en lumière la fragilité de l’équilibre entre carrière internationale et expérience outre-Atlantique.
Après plusieurs épisodes d’éloignement de la sélection, la dynamique s’est néanmoins infléchie. Marine Johannès a de nouveau figuré dans le groupe appelé pour les qualifications à la Coupe du monde 2026 en février dernier, aux côtés de Gabby Williams, qui avait elle aussi choisi de renoncer à la sélection, signe d’un rapprochement progressif entre les cadres des Bleues et leurs obligations en WNBA, dans un calendrier international désormais plus négocié.
Aujourd’hui, cette perception de la WNBA a profondément évolué. S’envoler vers les États-Unis n’est plus seulement un rêve réservé à quelques-unes, mais un véritable objectif de carrière pour de nombreuses joueuses françaises, souvent envisagé dès les années de formation. Cette évolution s’observe aussi du côté des franchises américaines. Elles ne se contentent plus de sélectionner des Européennes pour conserver leurs droits, mais leur confient rapidement de véritables responsabilités sur le terrain. C’est le cas de la très prometteuse Janelle Salaün aux Golden State Valkyries, devenue en une saison l’une des pièces maîtresses de sa franchise.
Fin des doubles vies, début des vies doubles
Cette confiance accordée aux Françaises n’a rien d’un hasard. La qualité de la formation hexagonale, reconnue pour son exigence tactique, son sens du collectif et sa lecture du jeu, correspond à un profil particulièrement apprécié des entraîneurs en WNBA. Les Tricolores sont reconnues comme des joueuses capables d’avoir un impact sans monopoliser le ballon, et dont l’adaptation au plus haut niveau se révèle souvent plus rapide qu’attendue. Plusieurs joueuses illustrent ce constat, à commencer par Carla Leite, formée à l’ASVEL et désormais installée au Portland Fire, ou encore Pauline Astier, issue du Tango Bourges et aujourd’hui joueuse majeure du New York Liberty.
Si de nombreuses joueuses françaises sont prêtes à tenter l’aventure américaine, c’est aussi pour des raisons économiques. Tout le monde connaît les salaires astronomiques des stars de la NBA, mais du côté de la WNBA, la réalité a longtemps été différente. Pendant des années, les salaires de la ligue américaine n’étaient tout simplement pas compétitifs face aux gros budgets de l’EuroLeague, notamment en Turquie ou en Russie à l’époque.
Mais récemment, la situation a évolué. Début 2026, une nouvelle convention collective a été signée, incluant plusieurs changements majeurs : un nouvel accord de diffusion TV, l’arrivée de sponsors importants et l’introduction des vols charter pour l’ensemble des franchises. Les joueuses et le staff ne seront désormais plus obligés de voyager sur des vols commerciaux, mais pourront utiliser des avions privés. Dans le même temps, les rémunérations ont également fortement augmenté.
Le dollar comme point de départ
Pour son retour en WNBA, onze ans après un premier passage chez les San Antonio Stars, l’ancienne capitaine des Bleues Valériane Ayayi s’est engagée cette saison avec le Phoenix Mercury pour un contrat estimé à près de 500 000 dollars par an. À 31 ans, elle figure parmi les Françaises les mieux rémunérées de la ligue. Pauline Astier, de son côté, percevra environ 270 000 dollars annuels pour sa première saison sous les couleurs du New York Liberty. Quant à Gabby Williams, l’une des têtes d’affiche du basket français, elle émarge à près de 1,2 million de dollars avec les Golden State Valkyries. Une évolution significative qui pousse de plus en plus de joueuses à privilégier la saison américaine, sans forcément enchaîner six mois en Europe et six mois aux États-Unis comme auparavant, uniquement pour des raisons financières.
Au-delà de l’aspect économique, la WNBA permet aussi aux joueuses françaises de côtoyer ou d’affronter les meilleures basketteuses du monde, ce qu’aucune autre ligue ne peut vraiment offrir. Caitlin Clark, Breanna Stewart, A’ja Wilson ou encore Sabrina Ionescu représentent un niveau d’exigence exceptionnel, obligeant les joueuses à élever rapidement leur niveau de jeu. Cette exposition immédiate au très haut niveau est précisément ce qui attire une nouvelle génération de talents français, à l’image de Dominique Malonga, draftée en deuxième position par le Seattle Storm en 2025 et considérée comme l’un des plus grands espoirs de la ligue. Elle confiait à Reuters à son arrivée : « Je suis prête à m’adapter au rythme de la WNBA et à progresser chaque jour. »
À lire aussi
Formule 1 : pourquoi Alpine n’est plus si ridicule cette saison
Formule 1 : pourquoi l’avenir d’Esteban Ocon inquiète chez Haas
OM : entre crise sportive et mercato à haut risque, l’été commence déjà à Marseille
Formule 1 : Kimi Antonelli, une prise de pouvoir irrésistible chez Mercedes
AS Rome : Donyell Malen, le pari hivernal devenu phénomène
Ligue 2 : Rodez, le petit poucet aveyronnais qui défie les cadors européens
Formule 1 : Christian Horner de retour, pourquoi ce serait une très mauvaise idée
OM : l’impatience comme frein à la progression
Désormais, si le staff de l’équipe de France a parfois pu montrer quelques réticences à l’égard de la WNBA, cette époque semble bel et bien révolue. En exportant ses talents vers les meilleures franchises du monde, le basket tricolore s’assure un vivier de joueuses habituées à la pression, à l’intensité physique et aux exigences du très haut niveau américain. Assez pour permettre à la France de décrocher son premier titre de championne du monde en septembre prochain ? Une chose est sûre : l’avenir des Bleues semble désormais s’écrire à l’heure américaine.